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Discours du Président Moustapha NIASSE, lors de la séance d’ouverture de la première session de la section africaine de l’association internationale des parlementaires pour la paix, Dakar le 19 janvier 2018

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Excellences Mesdames et Messieurs les Présidents, 

Honorables Députés, Mesdames, Messieurs les Participants,

Honorables et Distingués  Invités,

Mesdames et Messieurs les hauts Responsables de la FPU,

L’Assemblée nationale de la République du Sénégal est particulièrement honorée de vous accueillir aujourd’hui, ici au Pôle urbain de Diamniadio, à l’occasion de l’ouverture du Chapitre Africain de la Fédération pour la Paix Universelle et de la mise en place de la Section sénégalaise de l’Association Internationale des Parlementaires pour la Paix (AIPP).

Le triple évènement qui nous réunit à Dakar, depuis hier, a été initié par la FPU, soutenue par Son Excellence M. Macky Sall, Président de la République du Sénégal, et par le peuple de notre pays.

Il s’agit du Sommet africain pour la paix, du Chapitre africain de la FPU et de la mise en place de la Section sénégalaise de l’AIPP.

Représentants des peuples, dans leur diversité d’opinions, de croyances et d’idéologies, les Parlementaires du 21ème siècle que nous sommes, avons une mission à la fois redoutable et exaltante à accomplir : faire naître du chaudron des débats des lingots de convergence pour faire briller la démocratie, dans la liberté et le culte de la paix.

Un adage Wolof bien connu des Sénégalais dit que : « c’est dans la paix que tout est possible ». Un autre adage sénégalais dit : « l’homme est le remède de l’homme ». 

Si la mondialisation qui est en cours est potentiellement un vecteur de paix entre les nations et les peuples, elle porte aussi des contradictions qui peuvent se muer en conflits ouverts. Plus particulièrement, si l’échange inégal perdure.

Le commerce et les échanges favorisent sans aucun doute la découverte de l’autre et poussent à un effort de compréhension mutuelle, mais les nations et les peuples doivent prendre en compte l’impératif du respect et de la compréhension mutuelle entre tous les citoyens de la terre.

Il est reconnu que le commerce et les échanges peuvent être sources de tensions et d’injustices lorsque la poursuite d’intérêts divergents conduit à des réflexes d’accaparement et à des comportements qui accroissent les inégalités.

C’est pourquoi, le thème central choisi pour les rencontres historiques de Dakar, grâce à l’engagement de la Fédération Internationale pour la Paix Universelle (FPU) : « Afrique nouvelle : interdépendance, co-prospérité et valeurs universelles partagées » est d’une singulière pertinence. Car,  il présente, de prime abord, une autre face et une autre dimension de la mondialisation inspirée par l’éthique et fondée sur le commerce gagnant-gagnant qui magnifie le respect et qui produit les bases de la co-prospérité.

Il fonde les échanges, à la fois, dans la raison et dans le respect de l’éthique. C’est le commerce qui met l’homme sur le piédestal  de l’étalon des valeurs, lui redonne sa liberté et sa propre identité. Contre l’autre commerce des revenus exclusifs pour les plus forts.

Dans cette optique, la course au profit ne peut plus être l’Alpha et l’Oméga des relations entre les Nations et les Etats.

Si les Etats « n’ont pas d’amis » comme l’avait affirmé un éminent homme d’Etat français, la réalité est qu’ils peuvent avoir des intérêts convergents, lorsque la recherche de la paix est l’objectif axial et lorsque les hommes réfléchissent et agissent grâce au génie humain.

Pour lutter contre la pauvreté qui menace la planète autant que le réchauffement climatique, il faut considérer et reconnaître qu’une lutte solidaire doit être engagée contre le brasier social dévastateur qui consume beaucoup de pays du Sud et dont les conséquences  vont aussi impacter négativement le Nord. 

La Fédération pour la Paix Universelle trouve dans cet idéal de combat la substance de sa propre existence.

Ce que la Fédération pour la Paix Universelle défend n’est rien d’autre que le bon sens qui est : « la chose du monde la mieux partagée », comme l’a indiqué René Descartes, il y a plusieurs siècles. Entendons par là la raison qui est un outil dont chaque être humain dispose mais qui n’est toujours pas bien utilisé.

La FPU nous invite, chaque jour, à revenir à cette vérité philosophique selon laquelle nous sommes et nous demeurons les acteurs de notre propre destin.

Nous ne pouvons pas désespérer de nous-mêmes. 

Il nous faut donc conquérir l’humanisme avec les armes de l’intelligence puisées dans les pensées remarquables de personnalités illustres comme Le Mahatma Gandhi, Martin Luther King, Nelson Mandela et tant d’autres comme Mother Moon et le Révérend Moon.

Nous, Parlementaires de la Paix, venant des cinq continents, sommes aujourd’hui à Dakar, pour partager ensemble des vertus et des valeurs, des choix et des comportements qui, en définitive, sont la source intarissable des moyens et des leviers qui vont sauver, grâce au génie humain, l’humanité tout entière.

Investir dans la paix, dans les relations fraternelles entre les peuples est la manifestation d’une vision humaniste, d’engagement résolu en faveur de cette créature extraordinaire, bipède pensant qui peuple la terre et prie vers Dieu, Créateur de l’univers et des religions que nous pratiquons.

Mesdames et Messieurs les Parlementaires, 

Honorables Collègues,

Humains nous sommes, humains nous devons rester grâce au principe de solidarité et à la vertu de générosité.

Seul l’altruisme peut sauver le monde qui est atteint par des gaspillages de ressources intolérables dans les pays riches alors que  des milliards d’autres êtres humains sont en proie à la  famine et aux pandémies.

Relever le défi, c’est réinventer les moyens de lutte pour la paix que les illustres devanciers cités plus haut avaient imaginés et expérimentés avec succès. 

Et il y a urgence à mener le combat pour la paix qui commence par la sensibilisation qui réveille les consciences et assure la promotion de la dimension éthique inhérente  à toute action humaine.

C’est bien cela, sous des formes multiples, que tous les peuples, toutes les Civilisations et tous les hommes doivent partager lucidement, volontairement et toujours.

Il s’agit bien de valeurs universelles dont le fondement est le respect de la personne humaine dans son intégrité physique, dans ses convictions religieuses ou autres, dans sa liberté de pensée et dans ses droits inaliénables.

C’est pourquoi le « crime contre l’humanité » existe bien et que de nombreux génocidaires ont été traduits devant les tribunaux et condamnés depuis les jugements historiques de Nuremberg après la deuxième guerre mondiale.

Dans ce combat pour la paix, les parlementaires, élus des peuples ont une place éminente au front. C’est avec fierté que nous occupons cette place. 

Avant même que n’éclatent des conflits, les Parlementaires en effet sont les artisans du dialogue qui éclaire les esprits et ouvre les cœurs pour prévenir les dérapages violents.

Chers Collègues,

Notre mission  première, sous l’éclairage de telles données, est de faire triompher la voix de la raison, celle qui se fraye un chemin dans le débat d’idées pour irriguer les consciences et imposer la lucidité dans l’action.

Parlementer c’est dialoguer, discuter, s’écouter pour bâtir des compromis dynamiques qui sauvegardent les intérêts bien compris de tous et donc la paix.

Celle-ci, pour être durable, doit être fondée en droit comme l’a si bien compris et défendu le philosophe Emmanuel Kant dans son texte majeur : « vers la paix perpétuelle ».

Si son rêve de voir disparaître les armées permanentes n’a pas été réalisé, ses réflexions ont tout de même inspiré ceux qui ont œuvré pour mettre sur pied la Société des Nations (SDN), en 1919, après la première guerre mondiale et l’Organisation des Nations-Unies, après la seconde, en 1945, à San Francisco.

La paix est l’oxygène de la démocratie qui la nourrit aussi. 

Sans la paix, la démocratie ne peut ni s’enraciner ni prospérer.

Pour nous autres représentants des peuples, la paix est un moyen d’être et aussi une raison d’être.

Notre rôle est  fondamental  aussi bien sur le plan national que sur le plan international.

Le Sommet africain pour la paix et notre place, en tant que Parlementaires dans ce Sommet, illustrent parfaitement cette réalité.

En effet, en contact permanent avec nos mandants, prenant le pouls quotidien des contrées rurales, des villes, des localités et des quartiers, écoutant le peuple en temps réel, nous avons pour mission d’informer les tenants de l’Exécutif pour que les aspirations, les rêves, les angoisses et l’espérance des populations soient pris en compte.

Pour que la démocratie soit respectée et incarnée dans le réel de chaque jour, car l’homme, dès qu’il perd sa liberté, n’est plus un homme.

La  paix sociale est à ce prix et notre travail de représentants et de législateurs exige d’agir toujours pour préserver cette paix sociale, la consolider et la renforcer. Partout et en toutes circonstances !

Pour ce faire, nous devons travailler en synergie avec les gouvernants  détenteurs du Pouvoir Exécutif. Mais il nous incombe aussi de contrôler les politiques publiques et de veiller à ce qu’elles soient conformes aux souhaits du peuple exprimés librement dans les urnes à l’occasion des consultations électorales.

L’Afrique nouvelle qui se construit sous nos yeux attire, pour la première fois dans l’histoire, les Etats de tous les autres continents qui cherchent à coopérer avec elle de manière pacifique.

Son Excellence M. Macky Sall, Président de la République du Sénégal, a souligné, hier, en des termes émouvants, que l’Afrique porte une grande vision et que demain c’est déjà aujourd’hui. Il a ajouté que la paix doit être notre choix de vie et que nous devons refuser la résignation.

C’est un tournant qui s’explique par la situation exceptionnelle de notre continent qui offre des opportunités d’investissements uniques, des matières premières abondantes et des marchés en plein essor avec une population en forte croissance dont le niveau de vie s’élève de plus en plus. 

Malgré la pauvreté et  les défis de toutes sortes qui l’assaillent, l’Afrique est entrain de se développer à une vitesse remarquable. 

Le continent est en chantier et les partenaires économiques affluent.

Nous devons tirer le meilleur parti de cette nouvelle donne pour les générations futures.

Notre jeunesse va devenir la plus nombreuse du monde et, par là même devient l’espoir  de notre planète-terre celui de l’humanité toute entière. Elle est notre bien le plus précieux. 

Nous devons la protéger, la former, l’éduquer pour « l’armer de science jusqu’aux dents » comme le disait Cheikh Anta Diop  pour qu’elle soit à la hauteur de la noble tâche qui l’attend : diriger l’Afrique de demain, une Afrique développée, riche, fraternelle et toujours accueillante.

Mes chers collègues,

Il me faut conclure.

Si l’avenir s’annonce radieux pour notre continent, le présent est encore difficile à supporter pour des millions d’africains.

Notre combat est à ce prix.

Notre continent compte le plus grand nombre de réfugiés au monde. Il est tapissé de foyers de tension de toutes sortes. 

La violence continue d’y faire des ravages.

Conflits politiques, révoltes sociales et assassinats terroristes constituent des fléaux qui menacent l’Afrique et pourraient hypothéquer son émancipation économique qui se dessine.

Il nous faut donc faire face pour sauver nos populations. 

Nous le pouvons si nous le voulons. 

Nous le voulons déjà.

Le temps de l’action est arrivé.

La FPU est avec nous.

L’espoir est permis.

En développant la coopération sous-régionale dans la lutte contre le terrorisme pour conjuguer nos efforts en vue de vaincre les tenants d’une idéologie de la haine, de la lâcheté et du nihilisme, nous sommes déjà dans l’action. 

Il s’agit de relever tous les défis dans l’esprit du programme élaboré par l’Union Africaine et déjà mis en œuvre selon un calendrier progressif.

Avec nos partenaires européens, du Moyen-Orient et avec tous les pays membres de l’ONU.

Criminels sans foi ni loi qui ne reculent devant rien, les terroristes ne sont pas invincibles.

L’histoire nous montre que les tenants de la violence ont toujours été battus et même éradiqués dans de nombreux pays où ils avaient perpétré des actes sanglants pendant de longues années.

Ce qui a été fait peut l’être à nouveau.

L’Afrique a besoin  de l’engagement de ses Etats, de la mobilisation de ses populations et du soutien de ses amis.

La victoire est un horizon proche. Elle sera obtenue avec l’aide de Dieu.

L’Afrique qui a survécu à tant d’épreuves qui auraient pu l’annihiler, a toujours su se relever.

Nous avons vaincu l’esclavage et ensuite la colonisation qui avait causé à notre continent et à nos peuples des cicatrices encore visibles. 

L’Afrique est encore debout. 

Elle a reconquis sa liberté et  retrouvé sa fierté.

Berceau de l’humanité, elle est aujourd’hui présente au rendez-vous du donner et du recevoir, naguère annoncé par le poète visionnaire Léopold Sédar Senghor.

C’est  pourquoi elle est fière, sur cette terre sénégalaise et africaine, terre de paix et d’hospitalité, de téranga et d’amitié où  Musulmans, Chrétiens et Animistes vivent de manière fraternelle, de manière exemplaire.

Le Sénégal est fier de vous accueillir et de vous dire : bienvenue chez vous.

Je vous remercie de votre attention.

Moustapha Niasse

Président de l’Assemblée Nationale du Sénégal