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Hommage à Mbaye Gana KEBE à l'occasion de ses 75 ans

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Madame le Ministre d’Etat, Ministre de la Culture, du Genre et du Cadre de Vie,

Monsieur le Président de l’Association des Ecrivains du Sénégal,

Monsieur le Président du PEN Sénégal, mon très cher Mbaye  Gana  KEBE,

Monsieur le Secrétaire Général de l’AES,

Mesdames et messieurs les écrivains, poètes, dramaturges, essayistes,

Mesdames et messieurs les invités et parents de Mbaye Gana,

A la demande de son ami Mbaye Gana KEBE, Monsieur le Président de la République m’a fait l’honneur de me laisser présider la cérémonie d’hommage qui nous réunit aujourd’hui.

Au Chef de l’Etat, je voudrais renouveler ma gratitude pour le privilège insigne qui m’est fait de venir à Keur Birago communier avec la communauté des écrivains du Sénégal.

Maître Abdoulaye WADE aurait pu revenir ici, à Keur Birago, et redire que « Mbaye Gana Kébé est un grand écrivain et poète.

Il est poète dans l’âme et vit sa poésie dans l’âme. Il faut être proche de lui pour le savoir »

Avec le Président WADE, MBaye GANA partage l’amour de l’Afrique : le premier lui trace un destin, le second fait parler le vieux continent.

L’Afrique de Mbaye Gana est à son image : « une terre-carrefour, le continent où se mêleront les souffles du monde. »

Mesdames, Messieurs,

Je ne peux aller plus avant dans mon propos sans remercier un rassembleur d’hommes, un écrivain à la plume toujours trempée dans la source des muses inspiratrices des génies, un écrivain à la fécondité indiscutable qui a su fédérer toutes les énergies créatrices pour porter haut le flambeau des lettres sénégalaises : vous avez compris Alioune Badara BEYE qui nous accueille aujourd’hui dans ce temple de la création.

Je tiens aussi à remercier du fond du cœur les écrivains de m’avoir accepté dans leur cénacle pour marquer le soixante quinzième anniversaire d’un homme dont le talent, le prestige et la créativité artistique et littéraire forcent l’admiration : je veux nommer Mbaye Gana KEBE, par ailleurs Président du PEN Sénégal !

Les mots ne suffisent pas pour rendre toute la fierté que nous procure  Mbaye Gana KEBE, l’homme du jour, celui dont on dit qu’il est l’écrivain le plus prolixe de sa génération et le plus produit en Afrique !

Auteur primé, traduit, enseigné, dramaturge joué, il s’est adonné avec talent à tous les genres littéraires

« Papillon du parnasse » s’est-il appelé.

Et d’ajouter :

« J'écris dans tous les sens. J'ai écrit des recueils de poésie mais surtout des pièces de théâtre et des recueils de nouvelles. »

Partageons ce portrait de Roger DORSINVILLE :

« Mbaye Gana Kébé est unique : un boulimique ingurgitant, des tonnes d’écrits, et produisant, de même, de l’écrit à l’infini.

Gagnant familier de concours, il a toujours trois ou quatre sujets à la course dans des cahiers divers.

Essentiellement un satiriste, en poèmes, au théâtre, en récits, il est tout aussi capable de dédier aux enfants des poèmes normatifs et tendres ou d’écrire sur une suicidée des strophes émouvantes.

Il serait l’Alexandre Dumas du Sénégal, si l’Intendance, (édition et pouvoir d’achat) pouvait suivre.

De Dumas il a les pulsions généreuses, l’instinct des barricades, la phrase directe, l’imagerie souvent frappante (…) »

(fin de citation)

Pour compléter Roger DORSINVILLE, nous vient ce mot de LAMARTINE sur DUMAS : « Vous êtes surhumain. Mon avis sur vous est un point d’exclamation ! »

En effet, comment fait-il ?

D’où Mbaye Gana KEBE tire- t-il toute cette énergie ?

Je lui ai posé la question.

Il m’a dévoilé une partie de sa façon de travailler, sa méthode qui canalise une inspiration jaillissante pour en faire des chefs d’œuvre à notre grand bonheur.

« Des auteurs comme Lamartine », m’a-t-il confessé, « m'ont donné le sens de la diversification. »

Mais surtout, tôt le matin, il se met à table pour aligner les mots et ne quitte ses feuilles blanches qu’avec le soleil au zénith.

Rassurez-vous : Mbaye Gana ne travaille pas : il chante, danse, jubile avec les personnages, les styles et les trames.

Nous l’imaginons forçat ; il en est loin.

Dans « l’hiver naissant de sa vie », la plume est son « tremplin moral »

Mesdames et Mesieurs,

MBaye Gana KEBE a parlé  au mois de novembre dernier : « Je vous dis adieu, je m’en vais. »

Nous avons essayé de le comprendre.

MBaye Gana KEBE est un écrivain comblé.

C’est lui-même qui le dit : « J’ai eu tous les privilèges dans ma carrière d’écrivain. »

MBaye Gana KEBE est un homme de consensus parce que c’est un homme de conviction, exigeant envers lui-même et attendant, - je dirai : arrachant- de l’autre les mêmes nobles attitudes et sentiments.

C’est avec ce caractère trempé qu’il sévit dans les bureaux et couloirs de l’Assemblée nationale pour partager son expérience ou pousser au don de soi, parfois à son corps défendant, au point que je lui demande d’aller se reposer à Thiès.

C’est la générosité qui lui fait réclamer tout BIRAGO pour les enfants qui n’entendent ni contes ni lavanes.

Ecoutons- le, encore, sur les enfants :

« Ma pirogue sans haine,

Ma pirogue sans chaîne

Où je voudrais voir

Tous les enfants du monde. »

Déjà son génie créateur, sa maitrise de notre histoire et sa sensibilité artistique, mis à la disposition l’Assemblée Nationale, nous ont valu, l’année de notre cinquantenaire, l’installation d’une des plus prestigieuses expositions sur les moments historiques de notre auguste institution.

Il nous gratifia, dans le même temps d’un ouvrage incomparable par son érudition et sa verve : « Prestigieuse Assemblée», que je recommande à tous ceux qui veulent saisir les pulsions profondes de notre Institution parlementaire

Il publia également : une pièce de théâtre « Honorable Député » et un ouvrage sur le Sénat « Distingués Sénateurs ».

Ce n’est donc pas hasard, si  cet homme d’une telle dimension brille de mille feux sur la scène internationale, partout dans le monde où  se décide le sort du livre et dans les différents salons et foires.

Brillant intellectuel,  passé maître dans le maniement de la langue de Molière, il a su imposer ses talents poétiques par des improvisations magistrales, illustrant avec son brio habituel sa parfaite maitrise des secrets de la créativité littéraire.

Mesdames et Messieurs,

Aujourd’hui, au moment où la neige orne sa belle chevelure, vous constatez avec moi que si son allure est restée martiale et sa démarche  toujours majestueuse et princière, c’est que l’homme n’a  jamais cessé de cultiver l’élégance physique comme reflet de son élégance d’esprit !

Brillant orateur, qui n’envie en rien les Tribuns de l’antiquité romaine, le verbe haut et  le port altier rappellent ,s’il en était besoin, que l’âme et l’esprit de Mbaye Gana ont été trempés dans les principes de discipline militaire dès sa prime jeunesse, lui inculquant le sens de l’honneur, le sens du devoir accompli  et les vertus de l’amitié sincère.

L’armée lui a ouvert un horizon littéraire.

Mbaye Gana nous dit :

(je le cite)

« J'ai commencé à écrire le jour où je suis entré dans l'armée française, premier régiment des tirailleurs sénégalais, en 1956.

Etre à la fois militaire et artiste n'est nullement contradictoire.

Je porte la plume comme j'ai porté l'arme. Ce n'est pas contradictoire parce que l'esprit est devenu militaire. » (fin de citation)

Mesdames, Messieurs,

Nous avons suivi Lokamba, expert-comptable à l’affut d’une nomination comme Directeur général dans « Le décret ».

Nous avons condamné puis gracié Paulin, d’un masque sacré.

Dans « Kaala », Nous avons suivi les supercheries de Serigne DIOBAYE, marabout charlatan que la folie rattrapera.

Nous avons suivi les maladresses KADIO, dans « Madame la civilisée. »

Et de tant d’autres, tous décrits avec la truculence, le sens du pittoresque et l’ironie caustique qui constituent la marque de fabrique de Mbaye Gana KEBE.

A travers eux, nous avons adoré les moues, les mimiques, les éclats de rire, le regard terrible, la voix haute et claire, la démarche martiale de MBaye Gana KEBE qui conserve en tout son propre style, condensé d’humanité et de générosité.

Aujourd’hui, Mbaye Gana nous dit : « adieu ».

Nous essayons de le comprendre.

Pour notre bonheur et la fierté du Sénégal, nous avons tous envie de lui dire : « Reste encore avec nous ! »

Je vous remercie de votre aimable attention.

Mamadou SECK