république du Sénégal
assemblée Nationale


Rrapport de la commission relatif à l’examen du Projet de Budget 2023 du Ministère des Transports aériens et du Développement des Infrastructures aéroportuaires

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Monsieur le Président,

Messieurs les Ministres,

Chers Collègues,

Le projet de budget 2023 du Ministère des Transports aériens et du Développement des Infrastructures aéroportuaires est arrêté à 10 377 676 543 FCFA en autorisations d’engagement (AE) et à 10 377 676 543 FCFA en crédits de paiement (CP).

Par programme, ce projet de budget est réparti comme suit :

Programme 1571 « Pilotage, Coordination et Gestion administrative »

Pour l’exercice 2023, les crédits de ce programme sont arrêtés à 552 980 000 FCFA en autorisations d’engagement et en crédits de paiement.  

Par nature économique de dépenses, les crédits dudit programme sont répartis comme suit :

  • Biens et services : 350 000 000 FCFA en AE et en CP ; 
  • Investissements exécutés par l’Etat : 202. 980. 900 FCFA en AE et en CP.

Programme 2051  « Développement de la Sécurité et de la Sûreté du Transport aérien » 

Pour l’exercice 2023, les crédits de ce programme sont fixés à 809 496 257 FCFA en autorisations d’engagement et en crédits de paiement. 

Par nature économique de dépenses, les crédits dudit programme sont répartis comme suit :

  • Dépenses de personnel : 9 189 000 FCFA en AE et en CP ;
  • Biens et services : 12. 807. 257 FCFA en AE et en CP ;
  • Transferts courants : 787.500. 000 FCFA en AE et en CP.

Programme 2052 « Développement des Infrastructures aéroportuaires » 

Pour l’exercice 2023, les crédits dudit programme sont arrêtés à 9 015 200 286  FCFA en autorisations d’engagement et en crédits de paiement.

Par nature économique de dépenses, les différents crédits de ce programme sont répartis comme suit :

  • Dépenses de personnel : 14.229.000 FCFA en AE et en CP ;
  • Biens et services : 64 796 786 FCFA en AE et en CP ;
  • Transferts courants : 2 500 000 000 FCFA en AE et en CP ;
  • Investissements exécutés par l’Etat : 4 211 174 500 FCFA en AE et en CP ; 
  • Transfert en capital : 2 225 000 000 FCFA en AE et en CP.

Votre Commission des Finances et du Contrôle budgétaire, élargie à la Commission de l'Urbanisme, de l'Habitat, des Infrastructures et des Transports, a examiné en sa séance du vendredi 11 novembre 2022, sous la présidence de Monsieur Seydou DIOUF, le projet de budget 2023 du Ministère des Transports aériens et du Développement des Infrastructures aéroportuaires.

Le Gouvernement était représenté par Messieurs Doudou KA, Ministre des Transports aériens et du Développement des Infrastructures aéroportuaires, Amadou Moustapha BA, Ministre des Finances et du Budget et Samba SY, Ministre du Travail, du Dialogue social et des Relations avec les Institutions, entourés de leurs principaux collaborateurs.

Ouvrant la séance, le Président Seydou DIOUF a souhaité la bienvenue aux ministres et leur a adressé ses félicitations et ses vœux de réussite dans l’accomplissement de leurs missions, avant de donner la parole à Monsieur Bassirou GOUDIABY, Président de la Commission de l'Urbanisme, de l'Habitat, des Infrastructures et des Transports pour la conduite des travaux de la séance.

Le Président Bassirou GOUDIABY a également souhaité la bienvenue aux membres du Gouvernement et félicité le Ministre Doudou KA pour sa nomination à la tête de ce département, avant de lui laisser la parole pour la présentation du projet de budget de son département.

A l’entame de son propos, le Ministre a adressé ses félicitations aux Députés de la Quatorzième Législature pour leur élection et leur a exprimé sa totale disponibilité à collaborer avec le Parlement dans le cadre de l’accomplissement de la mission qui lui est confiée. 

Abordant la présentation du projet de budget 2023 de son département, le Ministre a d’abord précisé que ledit budget a été conçu dans l’optique de poursuivre les efforts de relance du secteur, entamés depuis 2021, conformément au Plan d’Actions Prioritaires ajusté et accéléré (PAP 2A) du Plan Sénégal Emergent (PSE).

Il a également indiqué que la stratégie déroulée au sein de son département découle de l’axe 1 du PSE qui a servi de cadre logique pour l’élaboration du Plan stratégique opérationnel de Développement du Tourisme et des Transports aériens (PSODTTA), conçu pour la période 2020-2025 et dont les axes stratégiques et opérationnels ont induit la mise en œuvre de trois (03) programmes, à savoir :

  • Programme 1 : Développement des Infrastructures aéroportuaires ;
  • Programme 2 : Développement de la Sécurité et de la Sûreté du Transport aérien ;
  • Programme 3 : Pilotage, Gestion et Coordination administrative.

Poursuivant son propos, le Ministre a évoqué le plan dénommé « Stratégie Hub aérien 2021-2025 » dont la mise en œuvre repose sur quatre piliers essentiels : la mise à disposition d’un aéroport de référence aux normes internationales, la création d’une compagnie nationale de référence africaine, la mise en place d’un réseau d’aéroports régionaux aux normes et la création d’une Autorité de l’Aviation civile forte.

Il a ensuite dressé le bilan des réalisations de l’exercice budgétaire 2022, avec notamment la tenue d’un Conseil présidentiel du 28 octobre 2022 portant sur un plan de redressement de la compagnie nationale Air Sénégal S.A et sur l’état d’avancement de la « Stratégie Hub aérien 2021-2025 » ; la finalisation des travaux de l’aéroport de Saint-Louis 95% (il ne reste que la mise aux normes), les travaux en cours des aéroports de Matam arrivés à 30% d’exécution, de Kolda à 50%, de Ziguinchor à 25%, de Cap-skirring dont la première est achevée en 2021 ; la deuxième phase devant démarrer après la saison touristique, de Linguère à 25% et de Thiès à 70% ; la certification par  l’ANACIM de plus de six cent (600) agents chargés de la mise en œuvre des contrôles de sûreté à l’AIBD ; l’audit de l’aéroport AIBD  par la TSA (Administration américaine de la sûreté des transports) et par la Direction générale de l’Aviation civile (DGAC) française sous la coordination de l’ANACIM.  

Toutefois, le Ministre a souligné quelques difficultés rencontrées au cours de la gestion 2022, notamment : le déficit de la formation continue du personnel de supervision et d’encadrement dû à l’inexistence de crédits dédiés, l’insuffisance de ressources humaines spécialisées, la vétusté des équipements météorologiques et des locaux, ainsi que l’insuffisance des moyens du Crédit du Transport aérien (CTA).

Enfin, le Ministre a indiqué les perspectives de son département pour l’année 2023. Celles-ci concerneront notamment la mise en service  des aéroports de Saint louis,  Kolda, Matam, Ziguinchor et Linguère le démarrage des travaux de Tambacounda, Kédougou et la deuxième phase de Cap skirring ; la construction de l’héliport de Toubacouta ; l’ouverture d’une Académie de formation aux métiers de l’aéronautique ; le renforcement de la sécurité et de la sûreté de l’aéroport AIBD et de tous les aéroports du Sénégal ; l’homologation de l’aéroport de Saint-Louis et la certification de l’aéroport de Cap Skirring ; la mise en œuvre de la stratégie de croissance d’Air Sénégal SA ; ainsi que l’amélioration des investissements en faveur du secteur et du cadre législatif et réglementaire.

Prenant la parole, vos Commissaires ont, d’emblée, félicité et encouragé le Ministre pour le choix porté sur sa personne par le Président de la République, pour diriger ce ministère hautement stratégique. Ils ont ensuite loué sa compétence et son efficacité illustrées lors de son passage à l’Aéroport International Blaise DIAGNE (AIDB), avant de formuler leurs préoccupations et recommandations. 

Vos Commissaires ont, ensuite, salué la vision ambitieuse du Chef de l’Etat de faire du Sénégal le premier hub aérien de l’Afrique de l’Ouest. A cet égard, ils ont loué les performances réalisées par l’Etat depuis l’accession au pouvoir du Président Macky SALL, notamment la rénovation et l’augmentation des aéroports régionaux, la mise en place d’une Académie des métiers de l’aviation civile et d’un centre de maintenance aéronautique pour valoriser les compétences dans le secteur, ainsi que la création d’une compagnie aérienne nationale pour relancer la destination Sénégal.

Cependant, ils n’ont pas manqué de souligner la faiblesse du budget du Ministère et, plus particulièrement, les montants dérisoires qui ont été alloués à certaines structures importantes telles que la Direction des transports aériens qui ne dispose que d’un budget de 12 millions FCFA et l’Agence nationale de l’aviation civile et de la météorologie (ANACIM).

Compte tenu de l’importance des missions du département et du caractère stratégique du secteur, ils ont réclamé le renforcement du budget du ministère, à défaut de pouvoir le doubler.

Vos Commissaires sont revenus sur l’ANACIM pour mettre en exergue l’importance des informations météorologiques et climatiques qu’elle fournit et dont bénéficient particulièrement des secteurs clés de notre économie comme l’agriculture, l’élevage, la pêche, la santé et l’environnement.

Aussi, se sont-ils étonnés de constater paradoxalement, qu’au moment où les audits de l’Organisation internationale de l’Aviation civile (OACI) sont favorables à l’AIBD, l’ANACIM traverse des difficultés financières liées à des arriérées de dettes fiscales d’un montant de près de 5 milliards de FCFA. C’est pourquoi, il a été demandé, outre le renforcement de ses moyens d’intervention, l’application de mesures urgentes de sortie de crise, au besoin par l’adoption d’une loi de finances rectificative dans ce sens.

S’agissant de la compagnie nationale Air Sénégal S.A., vos Commissaires ont salué l’augmentation de la flotte de la Compagnie qui passe à 10 avions, tout en interpellant le Ministre sur les conditions de leur financement.

Ils ont également bien apprécié le Plan de redressement de cette compagnie mis en place par les autorités pour éviter une faillite de l’entreprise.

Cependant, ils ont attiré l’attention du Ministre sur un certain nombre de dysfonctionnements dans la qualité du service. Il en est ainsi, d’abord des problèmes de ponctualités de plus en plus notés sur les vols. A ce propos, ils ont considéré que la toute première mesure à prendre dans le cadre du redressement de la société est de régler définitivement le problème des retards pour améliorer la qualité du service.

Certains Commissaires ont, ensuite, déploré la faiblesse du nombre d’avions de Air Sénégal S.A. par rapport à la Royal Air Maroc (RAM) qui en dispose une quarantaine, la sous-traitance de ses services au profit de Air France à l’aéroport Charles De Gaulle, ainsi que la cherté des billets alignés sur les tarifs de Air France sur certaines lignes, alors que cette dernière a une approche différente consistant à opérer souvent par des vols charter.  

Appréciant les prestations de Air Sénégal S.A. à partir du Bureau de Milan, vos Commissaires ont soulevé le problème de la gestion dudit Bureau en soulignant d’une part, la diminution des fréquences entre Dakar et Milan à 2 vols seulement (contre 5 au début) assurés par un avion de moyenne capacité, et d’autre part son administration à partir de Paris. 

Selon eux, cette situation incompréhensible mérite d’être réexaminée, d’autant plus que 60% de sénégalais vivent au nord de l’Italie. Aussi, ont-ils plaidé pour l’association des sénégalais à la gestion des Bureaux de Air Sénégal S.A. en Europe pour une meilleure qualité de services.

De même, il a été suggéré l’ouverture d’une desserte vers l’Afrique Centrale où résident de nombreux sénégalais.

De surcroît, vos Commissaires ont interpelé le Ministre sur les motifs de la réduction des rotations hebdomadaires de Air Sénégal S.A. vers des pays à forte concentration de sénégalais comme la France, l’Italie, l’Espagne, le Maroc. 

En revanche, par rapport aux vols en provenance de Côte d’Ivoire où résident près de 20 000 sénégalais, ils ont souhaité leur réaménagement afin que les heures d’arrivées à Dakar soient de jour.

Par ailleurs, vos Commissaires ont interpellé le Ministre sur l’effectivité de l’instruction présidentielle ordonnant certaines autorités de l’Etat (Ministres et Directeurs généraux des sociétés publiques) à prendre les vols de Air Sénégal S.A. pour mieux soutenir l’envol de cette compagnie.

Relativement aux infrastructures aéroportuaires, ils se sont félicités de la rénovation de l’aéroport de Saint-Louis et de la réhabilitation en cours des aéroports de Ziguinchor et Kolda.

Vos Commissaires ont souhaité être informés du niveau d’avancement des travaux programmés de l’aéroport de Matam et Tambacounda, ainsi que de la date de réception des travaux de l’aéroport de Kaolack. 

En plus, ils ont attiré l’attention du Ministre sur l’absence de Touba et des régions de Kaffrine et Sédhiou dans les programmes d’infrastructures aéroportuaires. A propos de Touba, ils ont rappelé la doléance de construction d’un aéroport international dans cette localité, eu égard à l’extension urbaine de la ville, au nombre de fidèles venant de l’étranger pour célébrer le Magal de Touba, ainsi qu’aux retombées économiques de cette cérémonie religieuse.  

En revanche, d’autres Commissaires ont estimé que la création à Touba d’un aéroport d’un rang international pose un problème de concurrence et d’environnement avec AIDB qui n’est pas loin de cette localité. A partir de ce moment, l’édification d’un héliport serait plus appropriée.

Dans la même dynamique, ils ont souhaité être renseignés sur les Accords signés en 2009 avec la coopération chinoise pour la construction d’aéroports au Sénégal, et sur le vieux projet de réalisation d’un aéroport international à Tobor dans le département de Bignona et, pour lequel des études de faisabilité avaient été demandées lors du Conseil des Ministres du 29 septembre 2021. 

Relativement à la qualité des infrastructures aéroportuaires, vos Commissaires ont évoqué la piste de l’aéroport de Tambacounda qui s’avère courte pour accueillir de gros avions, ainsi que la qualité des bâtiments de l’aéroport de Saint-Louis dont la rénovation a été confiée à l’entreprise tchèque Transcom plutôt spécialisée dans la vente d’équipement et non dans la construction d’aéroports. Aussi, ont-ils souhaité être édifiés sur l’harmonisation des normes des pistes dans le programme de construction des aéroports et sur le choix porté sur Transcom.

Dans le même sens, vos Commissaires se sont interrogés sur les facteurs explicatifs de la dynamique de reprise de nos aéroports, notamment de AIBD avec les 2 500 000 de passagers projetés, en comparaison des difficultés que traversent certains aéroports européens (fermeture de terminaux aéroportuaires à Earthrow en Angleterre, grève du personnel aérien à Charles de Gaulle en France, etc…)

Au titre des doléances en ouvrages aéroportuaires, vos Commissaires ont sollicité l’aménagement d’une piste d’atterrissage à Tivaouane et la réouverture de l’aérodrome de Abéné dans le département de Sédhiou, compte tenu de sa position stratégique avec la Gambie et de l’opportunité de développer le petit business dans cette zone.

Concernant l’AIBD, vos Commissaires ont positivement apprécié l’économie de 36 milliards FCFA d’intérêts réalisés à la suite du remboursement anticipé de la dette qui a permis de construire cet aéroport, avant de s’informer sur les investissements que l’Etat compte réaliser grâce à ce gain.

Toutefois, ils ont fustigé l’état défectueux des toilettes et la présence remarquée des mendiants devant l’aéroport, estimant que de tels phénomènes ne favorisent guère la préservation d’une bonne image de notre pays. A cet égard, ils ont invité le Ministre à prendre rapidement les dispositions nécessaires pour mettre fin à cette situation.

Vos Commissaires ont également décrié le long délai de récupération des bagages des passagers à l’arrivée des vols. Dans ce cadre, ils ont sollicité un meilleur service dans le contrôle des bagages pour réduire les délais d’attente et prévenir les cas de vol ou de disparition.

Dans la même lancée, ils se sont aussi préoccupés de la sécurité du personnel de l’AIBD, notamment du dispositif de sécurité accompagnant le déplacement des agents la nuit.

Parallèlement, vos Commissaires ont évoqué un déficit de communication des autorités du ministère autour du financement de l’infrastructure par la redevance de développement des infrastructures aéroportuaires (RDIA) et, de manière générale sur les dettes de l’AIBD. En conséquence, il a été demandé des éclairages sur ces points, ainsi qu’une description des ressources de l’AIBD. 

Concluant sur ce registre, vos Commissaires ont déploré le mauvais traitement qui leur est souvent dans le salon d’honneur de l’AIBD.

Evoquant les tarifs appliqués, ils ont souligné la cherté de la destination Sénégal par rapport à celle du Maghreb. Ils ont également soutenu que l’élargissement de la RDIA aux aérodromes contribuerait à la cherté des billets et risque de compromettre la rentabilité des aérodromes de faible trafic.

Selon vos Commissaires, la cherté des billets est de nature à empêcher les sénégalais de rendre visite à leurs proches et ont suggéré, pour y remédier, des baisses de tarifs en période estivale et la réduction des taxes aéroportuaires consécutivement au paiement de la dette de l’AIBD par le biais de la RDIA.

Aussi, a-t-il été suggéré, dans le cadre de l’amélioration de la qualité des services de transports aériens, la reprise des activités de SERVAIR SENEGAL.

Abordant par ailleurs les mesures d’amélioration de l’exercice des activités dans le secteur aérien, vos Commissaires ont interpellé le Ministre sur l’arrêté ministériel prévoyant l’octroi d’agréments aux entreprises opérant dans le secteur des transports aériens, et sur l’identité des entreprises du secteur aéroportuaire ayant bénéficié du financement par le Crédit de Transport Aérien (CTA).

Enfin, le Ministre a été interpellé sur d’autres préoccupations spécifiques parmi lesquelles, la représentation de l’Assemblée nationale dans les conseils d’administration des structures publiques relevant de son département ; le réexamen du partenariat de l’AIDB avec les sociétés intervenant dans l’assistance aéroportuaire au sol ; la baisse du prix des badges à AIBD; l’état de mise en œuvre de l’Académie des métiers de l’aéronautique; la construction d’un aéroport à Kédougou en raison de l’importance des activités culturelles célébrées dans cette région ; la grève des contrôleurs aériens de l’Agence pour la sécurité de la navigation aérienne en Afrique et Madagascar (ASECNA) ; le recrutement des jeunes de Kolda à l’aéroport de la localité ainsi que la mise à disposition, en faveur des femmes de la Casamance, d’un ou de deux avions pour le transport des produits agricoles et halieutiques, notamment entre Ziguinchor, Linguère, Tamba et Kédougou.

Reprenant la parole, le Ministre a d’abord remercié vos Commissaires pour les félicitations formulées à son endroit ainsi qu’à l’égard de ses collaborateurs. Il s’est ensuite réjoui de la connaissance approfondie du secteur des transports aériens et de l’esprit constructif dont vos Commissaires ont fait montre durant leurs interventions, avant d’apporter les éléments de réponses ci-après :

Relativement à l’ANACIM, il s’est dit être en phase avec vos Commissaires sur la nécessité de renforcer les moyens de cette structure. Il précisera qu’une telle préoccupation a déjà été prise en compte dans le cadre de la stratégie du Hub aérien dont l’un des quatre piliers est la mise en place d’une autorité de l’Aviation civile forte. Dans ce cadre, il est prévu la reconstruction de son siège pour 7 milliards de FCFA.

Le Ministre a également déclaré qu’en plus des accompagnements annuels hors budget propre, l’ANACIM bénéficie de 20% de la redevance de concession sur le chiffre d’affaires versée par la société LAS (Limak-Aibd-Summa). D’ailleurs, il précisera qu’une proposition de relèvement de ce taux à 25% a été soumise récemment au Chef de l’Etat. Selon le Ministre, ces ressources supplémentaires constituent autant de stratégies mises en œuvre par l’Etat pour permettre à l’ANACIM d’accomplir efficacement ses missions.

Quant aux travaux de reconstruction de l’Aéroport de Kolda, il a informé que le mur de clôture est terminé et que les travaux de la piste démarrés seront livrés en mars 2023, tandis que la construction de l’aérogare sera réceptionnée seulement en fin d’année 2023.

Sur la grève des contrôleurs aériens de l’ASECNA, il dira que celle-ci a été désamorcée et que des discussions sont en cours avec leur Direction Générale pour trouver une solution à leurs revendications. Toutefois, pour éviter à l’avenir une paralysie complète du service de contrôle aérien, l’Etat du Sénégal a proposé, lors de la dernière Conférence des Ministres des pays membres de l’ASECNA, la constitution, dans chaque Etat membre, d’une réserve militaire de contrôleurs aériens qualifiés qui a été acceptée.

En réponse à l’interpellation sur la construction d’un aéroport à Touba, le Ministre a d’abord rappelé qu’un aéroport obéit à des exigences économiques dont le nombre de passagers. Aussi, des études ont révélé que l’existence d’un aéroport à Touba, risquerait de concurrencer AIBD par le détournement d’une partie du trafic, et donc de remettre en question la stratégie de faire de cet aéroport le premier aéroport de l’Afrique de l’Ouest..

Dans le même sillage, il a déclaré prendre bonne note de la doléance d’un aérodrome à Tivaouane, en rassurant qu’une étude dans ce sens sera menée.

Sur les retards de vols, le Ministre a rassuré que ses services, en relation avec la nouvelle Direction générale de Air Sénégal S.A, sont en train de prendre les mesures nécessaires pour restaurer une bonne image de la Compagnie, notamment à travers un suivi presque hebdomadaire de l’amélioration de la performance opérationnelle et de la relation avec la clientèle.

Concernant la création de la RDIA comme ressource pour payer la dette de l’AIBD, il révélera qu’elle est le fruit de l’ingénierie financière des fonctionnaires du Ministère des Finances de l’époque. 

Dans le même registre, il est revenu sur la fonction que la RDIA a joué dans la réalisation de certaines ambitions du secteur : d’abord pour financer la stratégie de positionnement du Sénégal en un hub aérien dans la sous-région et ensuite, aujourd’hui, comme moyen de financer le développement de nos aéroports.

Abordant la situation financière de Air Sénégal, le Ministre est revenu sur les facteurs expliquant les difficultés actuelles de la compagnie. Ainsi, il a indiqué que l’aide de l’Etat à la compagnie n’a pas permis d’amortir totalement les effets néfastes de la pandémie du Covid 19, alors que la Compagnie Air France a bénéficié d’un important soutien de son Gouvernement. Il a ensuite estimé que si un tel traitement avait été appliqué à Air Sénégal, cette dernière aurait reçu près de 100 milliards FCFA d’aide publique. A l’absence d’appui financier conséquent, s’ajoutent les coûts de maintenance, l’assistance au sol, la location d’avions et la cherté du kérosène à Dakar. D’ailleurs, afin d’atténuer la cherté du carburant, l’entrée de Air Sénégal dans le capital de Petrosen a été proposée.

Pour sortir de ces turbulences financières et éviter une éventuelle faillite, le Ministre a annoncé la mise en place d’un plan de redressement de la Compagnie.

Concernant le Crédit de transport aérien (CTA), il a déclaré qu’une enveloppe de 11 milliards de FCFA a été mobilisée et distribuée à des entreprises privées du secteur aérien pour les accompagner dans la préservation des emplois et la préparation de la relance de leurs activités.

Par ailleurs, s’agissant du traitement des Députés au Salon d’honneur de l’AIBD, le Ministre a déclaré prendre note de cette préoccupation et rassuré que des instructions seront données pour leur libre accès à ce lieu.

Sur l’interpellation relative à la fermeture et la réduction de fréquences de certaines lignes, le Ministre a souligné qu’il s’agit de mesures de rationalisation des dessertes prises par la Direction générale de Air Sénégal consécutivement à une étude ayant révélé l’existence de lignes déficitaires à 50%. Il en est ainsi de la réduction des rotations hebdomadaires sur la France, sur l’Italie, sur le Maroc et sur l’Afrique Centrale. Toutefois, s’agissant de Milan, il a précisé le caractère temporaire des réductions de fréquence en raison de la basse saison touristique, et la reprise, en haute saison, des fréquences habituelles avec deux avions de grande capacité.

Sur les horaires de vols d’Abidjan vers Dakar, il s’est engagé à en discuter avec les autorités de Air Sénégal en vue de leur réaménagement.

En réponse à l’interpellation relative à la cherté des tarifs de Air Sénégal S.A., le Ministre a indiqué que depuis janvier 2022 les nouveaux tarifs appliqués sont plus compétitifs que ceux de Air France. En effet, ceux-ci sont de 40% plus bas pour la catégorie Business, de 36% pour le Prémium économique et de 30% pour la classe Economique. 

Quant à l’Académie des métiers de l’aviation civile, il a déclaré que cette structure d’enseignement et de formation dans le domaine aéronautique doit être considérée comme une fierté nationale en raison de la possibilité qui sera offerte de former sur place des compétences sénégalaises et même africaines. Dans ce cadre, il a rendu compte de l’état de mise en œuvre de ce projet en indiquant la réception de 08 avions sur les 15 prévus et l’achèvement des infrastructures aéroportuaires. Seul reste le campus à édifier à Thiès, a-t-il ajouté.

Concernant l’absence des régions de Kaffrine et de Sédhiou dans les programmes d’infrastructures aéroportuaires, il a indiqué que ce n’est pas encore à l’ordre du jour pour Kaffrine, en revanche pour Sédhiou qui n’est pas prévue dans le programme de 2023, l’option retenue pour le moment est la réhabilitation de la piste. 

Dans la foulée, il a mentionné que la construction d’un aérodrome à Abéné situé en Casamance n’est pas prévue pour le moment dans les programmes du ministère. Mais cet état de fait n’est pas si alarmant puisque la région sud du pays bénéficie déjà de trois aéroports fonctionnels : Cap Skiring, Sédhiou et Ziguinchor, ces deux derniers étant de classe internationale, a- t-il ajouté.

Le Ministre est également revenu sur le projet d’aéroport international de Tobor pour signaler que l’un des 02 sites de Tobor et Niaguiss devrait abriter l’aéroport de Ziguinchor et le choix entre ces deux sites doit être conforté par des études techniques de faisabilité en cours.

Quant à l’aéroport Kédougou, il précisera qu’il figure parmi les projets qui vont démarrer en 2023, en même temps que celui de Tambacounda.

Répondant à la question relative à la fonction économique de nos aéroports, il a souligné que tous les aéroports régionaux doivent jouer une fonction économique au niveau de la région concernée. C’est d’ailleurs la raison pour laquelle les pistes et les bâtiments ont été redimensionnés pour prendre en compte les potentialités économiques de chaque région. Ainsi, en est-il de l’aéroport de Saint-Louis qui va disposer de larges hangars fret frigorifiés pour stocker les produits horticoles cultivés dans la vallée et destinés à l’exportation, mais également de l’aéroport de Sédhiou.

Aussi, pour conforter le statut hub logistique de notre pays, il est prévu d’aménager à AIBD près de 400 ha qui serviront de plateformes logistiques, a-t-il informé.

Sur la question relative à l’instruction présidentielle appelant les Ministres de la République à prendre les vols de Air  Sénégal sur les lignes desservies par la compagnie, afin de contribuer à son développement, le Ministre a promis de faire intervenir ses services en vue du contrôle de l’effectivité de cette instruction.

Concernant le mauvais état des toilettes à AIBD, il a indiqué que des efforts d’amélioration de l’entretien ont été déployés à travers, notamment, le recours aux agents de l’UCG aux frais de l’AIDB, en vue de renforcer les équipes des sociétés privées en charge de cette activité.

Quant à la présence des mendiants à la sortie de l’aérogare, il dira que les autorités compétentes sont en train de réfléchir sur les moyens d’un renforcement de la surveillance et du contrôle de la gendarmerie.

Réagissant à l’interpellation sur la gestion de AIBD par la société turque LIMAK, le Ministre a rappelé que les conditions de financement de cet aéroport par nos bailleurs comportaient l’obligation de confier sa gestion à un partenaire ayant une expérience de gestion d’un aéroport international. C’est donc pour cette raison que l’Etat a fait appel au Groupe LIMAK qui, au demeurant, exploite le grand aéroport d’Istanbul en Turquie, a-t-il ajouté.

Concernant l’exploitation de la desserte nationale, le Ministre s’accorde avec vos Commissaires sur la nécessité de préparer nos compagnies aériennes nationales et locales à rentabiliser les futures infrastructures aériennes et améliorer et de développer la desserte entre nos villes. Dans ce sens, il a indiqué qu’une réflexion est en cours sur une stratégie de mutualisation des moyens entre Air Sénégal S.A. et Transair.

Clarifiant les projets concernés par le financement des 462 milliards FCFA, il affirmera que ce montant est destiné à la réalisation de 15 projets du hub aérien, dont l’extension de l’aérogare de AIBD, le Centre de maintenance aéronautique, l’Académie des métiers de l’aéronautique, la réhabilitation des aéroports, le renforcement des moyens de l’ANACIM et le projet de digitalisation de tout le secteur aérien.

Concernant le recrutement à l’aéroport de Kolda, des jeunes de la localité, il a déclaré prendre bonne note de cette doléance qui fera l’objet de discussion avec le Direction Générale de AIBD SA lors de la mise en service dudit aéroport à la fin de l’année 2023.

Pour ce qui est de l’attente prolongée des bagages à l’aéroport, le Ministre a annoncé que l’AIDB va bientôt s’équiper d’un tapis plus large afin d’être en conformité avec la norme internationale de 45 minutes d’attente des bagages.

Sur l’interpellation relative au coût des projets du Ministère, il a manifesté sa disponibilité à communiquer les détails dès que vos Commissaires en feront la demande.

Concernant la dette afférente à la facture énergétique à AIBD, il a précisé qu’il s’agit en vérité d’une dette du gestionnaire LAS (Limak-Aibd- Summa) découlant du maintien du fonctionnement à perte de l’AIBD pendant la période de la pandémie. Il ajoutera que cette dette s’élevant à 4 400 000 000 FCFA a été complètement réglée par l’Etat, et que dans le cadre du hub aérien, un projet de centrale solaire de 10 Mégawatts sera réalisé afin d’atténuer la facture énergétique de AIBD qui est de l’ordre de 300 millions de FCFA par mois.  

Enfin, réagissant à l’interpellation relative à la représentation du Parlement dans les entités publiques relevant de son département, il a déclaré que ses services prendront les dispositions nécessaires pour concrétiser cette doléance.

A la suite du Ministre des transports aériens et du développement des infrastructures aéroportuaires, son collègue chargé des Finances et du Budget a apporté des précisions sur les points ci-après.

Le Ministre des Finances a tout d’abord déclaré avoir pris bonne note du plaidoyer en faveur de l’accroissement des moyens de l’ANACIM et de la Direction des transports aériens. 

Concernant particulièrement l’ANACIM, il a rassuré que des actes modificatifs du Budget général de 2023 seront pris en début d’exercice pour rehausser ses ressources.

Toutefois, le Ministre a relativisé la modestie du budget du ministère en soulignant d’une part, que l’ANACIM va bénéficier, pour la gestion 2023, d’une subvention de l’Etat d’un montant de 670 millions de FCFA ; ce qui constitue déjà une légère augmentation de ses moyens. Et d’autre part, cette entité dispose, à l’instar des structures parapubliques, d’autres ressources qui lui sont propres ne figurant pas dans le document budgétaire. Il s’agit de diverses redevances dont les redevances de concession d’aviation civile (5 milliards FCFA) et la RDIA de l’ordre de 40 milliards de FCFA par an.  Ainsi, il a fait observer que si ces ressources propres étaient intégrées dans le budget du Ministère, celui-ci se chiffrerait en une cinquantaine de milliards de FCFA.

Poursuivant son propos, il est revenu sur le prélèvement de 350 milliards de FCFA opérés, en cours d’exercice, sur le Budget général de l’Etat à titre de subvention pour maintenir les prix de l’énergie, du gaz butane et de certaines denrées de première nécessité. C’est cette réorientation de l’allocation des ressources publiques qui explique les ajustements qui ont été effectués sur le budget du Ministère des transports aériens en cours de gestion 2022 d’un montant de 1,2 milliard de FCFA. Ce qui constitue des ponctions ayant perturbé l’exécution normale de certains programmes, a-t-il ajouté.

Le Ministre a en outre relevé que le secteur des transports aériens a bénéficié du plus grand soutien de résilience aux conséquences néfastes du Covid 19 pour un montant global de 53 556 000 000 FCFA.

Quant aux demandes d’apurement des dettes fiscales de l’ANACIM formulées par vos Commissaires, il s’est dit disposé à les examiner avec la plus grande attention.

Enfin pour ce qui concerne les détails des dépenses d’investissements, le Ministre a indiqué que dans le cadre du budget programme, ces informations figurent en principe dans le Document de Programmation Pluriannuelle des Dépenses (DPPD) qui retrace, pour chaque programme ou projet, les autorisations d’engagement et les crédits de paiement prévus.

Satisfaits des réponses apportées par les Ministres, vos Commissaires ont adopté, à la majorité, les différents programmes du projet de budget 2023 du Ministère des Transports aériens et du Développement des Infrastructures aéroportuaires. Ils vous demandent d’en faire autant, s’il ne soulève, de votre part, aucune objection majeure.